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" ... La sonorité chaleureuse de Clément Dufour a particulièrement servi Fauré, dont la Fantaisie en mi mineur ouvrait le concert. La très classique Sonate de Poulenc bénéficiait aussi d'une exécution irréprochable - du premier mouvement joué avec souplesse au dernier vif et engagé, en passant par un second mouvement d'une touchante mélancolie...
... La Fantaisie sur un thème de Carmen permettait d'entendre la déconcertante virtuosité de Clément Dufour et ainsi d'assurer le succès du concert ..."
Declic / Petit-Palais - Paris
Annecy (74)
7e CONCOURS INTERNATIONAL
“JEAN-PIERRE RAMPAL” DE LA VILLE DE PARIS
Lettre du Musicien - Novembre 2005
LA (VRAIE) VICTOIRE DE LA MUSIQUE
Philippe Bernold n’est désormais plus le seul flûtiste français à avoir remporté le concours international « Jean-Pierre Rampal » de la Ville de Paris. Et il doit même en ressentir une certaine fierté puisque le jeune Clément Dufour - 18 ans seulement et qui triomphe dans cette même épreuve… 18 ans après lui ! - n’est autre que l’un de ses étudiants actuellement au CNSM de Lyon.
Existe-t-il une « école Rampal » ? A cette question tant de fois posée, l’intéressé répondait lui-même que non. Il est vrai que son art, fondé sur un instinct musical infaillible et une prodigieuse personnalité, ne pouvait que demeurer inimitable. Et au-delà de l’influence bien réelle de ses propres élèves et de l’impact de ses innombrables concerts et enregistrements, le Maître parmi les maîtres se contentait d’expliquer le niveau sans cesse croissant des jeunes flûtistes par le fait que l’école française de flûte, indiscutablement la plus réputée, avait essaimé dans le monde entier.
Ce phénomène, indiscutable et que vérifient depuis des années tous les jurys des grandes épreuves internationales, n’était pas sans conséquences : en s’universalisant de la sorte, et donc en s’ouvrant à de nombreuses et différentes tendances, cette fameuse école française connaissait inévitablement la rançon de son succès en courant le risque de perdre quelque peu son identité. C’est tout le mérite de Clément Dufour, dans ce 7e Concours Jean-Pierre Rampal, d’être parvenu au sein d’une telle compétitivité à imposer un jeu aussi emblématique de cette tradition. Sa sonorité, d’une rare pureté, souple, aérienne et lumineuse, rappelle irrésistiblement celle du grand Fernand Dufrène. On ne voit guère comment sa virtuosité, sans cesse phrasée et qui ne lui sert jamais de faire-valoir, pourrait connaître la moindre limite tant elle s’épanouit dans la plus grande décontraction. Et c’est bien enfin ce naturel expressif, cette qualité si emblématique de Jean-Pierre Rampal et devenue si rare aujourd’hui, qui a offert à Clément Dufour ces exceptionnelles ovations Salle Gaveau, ce samedi 29 octobre. Il est difficile de ne pas avoir les larmes aux yeux en repensant à ce Concerto KV 314 de Mozart, jubilatoire, et d’une telle sincérité, d’une telle simplicité dans l’émotion musicale qu’il en devenait bouleversant. Dans le chef-d’œuvre que représente le Concerto d’André Jolivet, honoré lors de cette finale à l’occasion du centenaire de sa naissance, le contraste avec l’interprétation qu’en donna le jeune russe Denis Bouriakov (2e Prix) fut particulièrement saisissant. Si ce dernier y fit étalage d’une technique proprement hallucinante, il y manqua par trop de sensibilité en cherchant à imposer une vision musicale toute en force. La puissance est certes un élément important dans la musique de Jolivet. Mais elle se décline bien plus efficacement dans l’expression et la subtilité. Et comme le disait la fille du compositeur, Christine Jolivet, en parlant du jeune candidat français : « Il a tout compris… ».
Il serait enfin injuste de passer sous silence les prestations des deux autres finalistes, par ailleurs déjà présentes à ce stade de l’épreuve lors de la dernière édition du Concours, en 2001. La japonaise Ayako Takagi (3e Prix), 28 ans, est déjà une musicienne très expérimentée, douée d’une sonorité magnifique et d’une technique sans faille, mais au jeu peut-être un peu trop académique pour susciter l’enthousiasme et s’imposer. On regrettera enfin que l’autrichienne Birgit Ramsl (4e Prix), artiste fort prometteuse, ne se soit pas montrée ce jour-là aussi rayonnante qu’on pouvait l’espérer. Quelques excellents moments dans son Concerto KV 313 de Mozart ne purent cependant dissiper une certaine impression de retenue, et elle ne maîtrisa malheureusement pas toutes les difficultés du Concerto de Jolivet.
A défaut d’avoir attribué son Grand Prix lors de son édition précédente à Magali Mosnier-Karoui – 3e Prix en 2001, et qui devait remporter brillamment le Concours de Münich il y a tout juste un an - le Concours Jean-Pierre Rampal n’a pas hésité cette année à couronner un lauréat exceptionnel, dont on espère qu’il confirmera tous les espoirs que le monde musical peut d’ores et déjà placer en lui. A l’heure où tant d’artistes jouent vite et fort (très fort), cherchent leur succès dans les effets, ou déterminent leur style en fonction de la vogue baroqueuse, Clément Dufour nous a offert ici la vraie victoire de la musique. Cette « âme du son », pour reprendre une expression chère à Jean-Pierre Rampal, il l’a trouvée et il la délivre de la plus belle manière qui soit. Il est vrai que ses professeurs, Pascale Feuvrier à Rueil-Malmaison puis Philippe Bernold à Lyon, furent respectivement disciples de Jean-Pierre Rampal et d’Alain Marion…
Quant aux autres « victoires de la musique », celles qui ont la chance d’être télévisées, elles devraient peut-être faire preuve d’humilité et s’inspirer de tels exemples, hautement salutaires et susceptibles d’apporter enfin un renouveau durable à la musique.